Cadastre Napoléonien – Colombier

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Nous en parlions dans notre précédent article sur le château au XIXème siècle, le cadastre napoléonien est désormais disponible à la consultation aux archives départementales de Nevers.

cadastre_napoleonien0 Le cadastre napoléonien ou ancien cadastre est un cadastre parcellaire unique et centralisé, institué en France par la loi du 15 septembre 1807, à partir du « cadastre-type » défini le 2 novembre 1802. C’était un outil juridique et fiscal, permettant d’imposer équitablement les citoyens aux contributions foncières. Il fut levé par les méthodes de l’arpentage et sa révision a été rendue possible par la loi du 16 avril 1930.
Un arrêté du 12 Brumaire an XI prescrivit d’étendre ces travaux à toutes les communes, puis une instruction ministérielle de 1805 ordonna de faire des expertises parcellaires à l’aide des plans par masses de culture.

Nous avons donc pu consulter le cadastre de la commune de Varennes-les-Narcy, établi comme indiqué en première page le 4 septembre 1818.
cadastre_napoleonien3 On peut tout d’abord y constater que le château possède bien ses quatre tours, clairement tracées. Les douves Est et Ouest sont également présentes et en eau, la couleur bleue en attestant. La douve Ouest est alimentée par une dérivation du ruisseau des Traînes. La douve Est, quant à elle, ne possède d’après le plan aucune connexion à une source. C’est probablement le viaduc, aujourd’hui enterré sous la route, qui permettait de la mettre en eau.

passy_avant_1890_-_1n On peut également observer qu’à cette date (1818) le battage à l’ouest du château n’existe pas, ni l’étang que l’on peut voir sur des photos antérieures à 1890.

Mais une autre surprise apparait sur ce cadastre : face au château, dans le Champ du Colombier, un bâtiment rond, d’une dimension légèrement supérieure aux quatre tours, est présent… Comme le nom du champ l’indique, il s’agit très probablement du colombier (pigeonnier) du château que M. Michot a connu :

Extrait de “Le château de Passy-les-Tours” d’Albert Michot

On pouvait voir également, à peu de distance du château, et lui faisant face, un pigeonnier en forme de tour ronde, certainement plus récent que le château. Ce pigeonnier tombait en ruines, mais mettait cependant dans le paysage une note pittoresque. J’y ai souvent joué lorsque j’étais enfant. C’est le dernier propriétaire qui l’a fait abattre.

On trouve encore aujourd’hui dans ce champ face au château énormément de pierres au sol à l’endroit probable du colombier. Une bonne part a dû rester sur place.

Il est intéressant de lire ce que nous dit Viollet le Duc à propos des colombiers pour imaginer à quoi il pouvait ressembler :

Colombier : Bâtiment destiné à contenir des troupes de pigeons et à leur permettre de pondre et de couver leurs œufs à l’abri des intempéries.

Pendant le moyen âge, la construction d’un colombier était un privilège réservé à la féodalité. Le paysan ne pouvait avoir son four ; il fallait qu’il apportât son pain au four banal du château ou de l’abbaye, et qu’il payât une redevance pour le faire cuire. Il ne lui était pas permis non plus d’avoir un pigeonnier à lui appartenant. Il en était des pigeons comme des troupeaux de bêtes à cornes et à laine, ils appartenaient au seigneur, qui seul en pouvait tirer un produit. Les troupes de pigeons étant un rapport, ceux qui avaient le privilège de les entretenir cherchaient tous les moyens propres à en rendre l’exploitation productive. La construction d’un pigeonnier était donc une affaire importante. Tous les châteaux possédaient un ou plusieurs pigeonniers ; les manoirs, demeures des chevaliers, petits châteaux sans tours ni donjons, pouvaient encore posséder un pigeonnier. Il n’est pas besoin de dire que les abbés, qui étaient tous seigneurs féodaux, et qui possédaient les établissements agricoles les mieux exploités pendant le moyen âge, avaient des pigeonniers dans les cours des abbayes, dans les fermes qui en dépendaient, les prieurés et les obédiences.

Les propriétaires de trente-six arpents avaient le droit de joindre à leur habitation, non un colombier construit en maçonnerie, mais un pigeonnier en bois de seize pieds de hauteur et pouvant contenir seulement de soixante à cent vingt boulins. On entend par boulins (du grec βῶλος) les trous pratiqués dans les colombiers et destinés à la ponte des œufs de pigeons. De là on est venu à donner le nom de boulins aux trous réservés dans la maçonnerie pour recevoir les pièces de bois horizontales des échafauds, et par suite à ces pièces de bois elles-mêmes (voy. Échafaud).

Les colombiers sont généralement bâtis en forme de tour cylindrique avec toit conique, bien fermés de murs épais et distribués à l’intérieur avec un soin tout particulier. Nous en connaissons plusieurs dans les provinces françaises du nord qui ont été bâtis pendant les XIVe et XVe siècles, et qui sont dignes d’être étudiés. Il en existe un dans une ferme du village de Créteil près Paris, rue des Mèches, 14, qui paraît appartenir aux dernières années du XIVe siècle. Il est bâti en tour ronde et est divisé en deux étages. Le rez-de-chaussée était destiné à contenir des bestiaux, des moutons probablement. Le premier était réservé aux pigeons.
Colombier.CreteilVoici (1) le plan au niveau du rez-de-chaussée. En A est la porte de l’étable, en A’ celle de l’escalier, en B des fenêtres, en C une auge, en D l’escalier qui monte au pigeonnier, en E une colonne en pierre dont l’usage est indiqué dans la coupe (2).

Colombier.Creteil.2Ainsi que l’indique cette coupe prise sur GH, une forte poutre porte sur la colonne et deux consoles en pierre incrustées dans le mur. Des solives reposent sur cette poutre et reçoivent le plancher. Un arbre vertical, muni de deux pivots en fer à chacune de ses extrémités et formant l’axe de la rotonde, reçoit trois potences auxquelles est accrochée une échelle que la disposition des potences, qui ne sont pas sur un même plan, oblige d’incliner. Cet arbre muni de son échelle permettait, en pivotant, aux gens de la ferme, de visiter facilement tous les boulins et de dénicher les pigeonneaux. Au niveau du plancher, en F, est un trou en pente traversant la muraille et destiné à l’extraction du guano. Le comble est hermétiquement fermé par des bardeaux à l’intérieur, enduits de plâtre aujourd’hui. Le parement de la tour contient vingt-cinq rangs de soixante boulins chacun environ, ce qui fait quinze cents couvées de pigeons. De cinq en cinq rangs de boulins est une petite saillie permettant aux personnes qui vont dénicher les pigeonneaux de poser le pied, afin d’être plus à l’aise pour procéder à cette opération. Une fenêtre et une lucarne, celle qui donne entrée aux pigeons, sont les seules ouvertures qui laissent pénétrer le jour et l’air dans l’intérieur de la tour.
Boulins.colombierLa fig. 3 donne le détail de la construction des boulins ; le colombier est entièrement bâti en pierre et moellons.
Colombier.Creteil.3Sur la clef de la porte est sculpté l’écu armoyé dont nous présentons (4) la copie. Pour compléter la description de cette curieuse bâtisse, nous donnons (5) son plan pris au niveau KL de la coupe (fig. 2)[1]. Un autre colombier assez semblable à celui-ci, et qui appartient à la même époque, existe encore à Nesle (Oise), dans une ferme près de l’église. Le rez-de-chaussée du colombier de Nesle ne contient pas une étable, mais un poulailler possédant six rangs de boulins. Une colonne en pierre se dresse dans l’axe, comme dans le pigeonnier de Creteil, et porte un arbre à pivots muni de potences doubles recevant deux échelles au lieu d’une. Les boulins pour les pigeons sont plus nombreux qu’à Creteil, et sont au nombre de près de deux mille ; ils sont construits en moellons et brique, c’est-à-dire qu’une assise de brique sépare chaque rang de boulins et que l’intérieur de ceux-ci est entièrement maçonné en brique ; cette matière avait paru probablement plus chaude et moins humide que le moellon. L’arbre central pivotant est disposé ainsi que l’indique la fig. 6.
Colombier.NesleLes pièces AB sont des moises doubles qui ne sont pas sur un même plan afin de pouvoir donner une certaine inclinaison aux deux échelles. On ne monte au pigeonnier que par une échelle extérieure que l’on dresse devant la porte donnant sur le plancher du premier étage. Du reste, le pigeonnier de Nesle porte les mêmes dimensions que celui de Creteil, 6m,80 de diamètre intérieur et 1m,00 d’épaisseur de mur. Il est construit avec grand soin, et l’entrée des pigeons se fait par trois jolies lucarnes de pierre ménagées dans la hauteur du comble, l’une à l’est et les deux autre au sud-ouest et au nord-ouest.
Colombier.Nesle.2La fig. 7 reproduit la vue extérieure du pigeonnier de Nesle : ses bandeaux, sa corniche et ses lucarnes sont en pierre ; le reste de la bâtisse, à l’extérieur, est fait en moellon enduit ; à l’intérieur, en moellon proprement taillé et en belles briques.

Colombier.Nesle.3Nous figurons (8) une des lucarnes ; les constructeurs ont eu le soin de ménager en avant une saillie, sorte de petit balcon dépassant le relief de la corniche, qui permet aux pigeons de se réunir en troupe avant d’entrer dans le colombier, ce qui est dans leurs habitudes. On remarquera même les deux petits épaulements B destinés à les garantir du vent lorsqu’ils viennent se reposer sur l’appui de la lucarne. Ces deux exemples de pigeonniers des provinces du nord indiquent assez le soin et l’étude apportés par les constructeurs du moyen âge jusque dans les bâtisses les plus ordinaires.

cadastre_napoleonien4 Enfin il est fait mention sur ce cadastre du Domaine de Passy, mais pas où nous l’attendions. Il est situé au niveau de la maison du propriétaire actuel du château, qui n’a rien d’une ferme.
M. Michot nous parle dans son ouvrage de “la grande ferme de Passy” et du “petit domaine de Passy”. Quel lien existe t’il avec celui indiqué sur le cadastre ? Nous allons devoir investiguer plus avant…

ChristoZ

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