Château de Rosemont

Les ruines du château de Rosemont, aujourd’hui une ferme, se trouvent dans la commune de Luthenay-Uxeloup.
Une monographie très intéressante a été publiée en 1924 par le Baron de Terline.

Gravure de Barat - 1838 Peinture à l'huile de Johan Barthold Jongkind - 1861 Plan du château, par le Baron de Terline
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La légende de Rosemont

Voici un extrait de l’ouvrage rédigé par le Baron de Terline en 1924 concernant la légende de Rosemont :

Les vieilles pierres ont presque toutes leur légende, et devant la masse énorme de Rosemont, l’imagination populaire eut tôt fait de substituer une mystérieuse et sombre histoire à l’oeuvre véritable de l’homme : ainsi prit naissance la vieille légende du château, que l’on conte encore à la veillée :

“Il était autrefois, dans notre région, une bonne fée et une mauvaise fée. La bonne fée qu’on appelait Sylvine protégeait les forêts, les terres et les gens. Elle était merveilleusement belle : ses yeux étaient limpides comme l’eau des sources ; une couronne de pervenches retenait ses blonds cheveux, et ceux qui voyagaient de nuit la reconnaissaient de loin aux reflets de sa robe d’argent. Partout où Sylvine passait, elle semait le bonheur : plus d’un laboureur harassé de fatigue avait trouvé le matin sa rude tâche terminée par une main inconnue, et plus d’une bergère pleurant une brebis égorgée par le loup avait vu son troupeau s’augmenter – personne ne pouvait dire comment – de quelques blancs agneaux. C’était Sylvine aussi qui veillait sur les grands arbres de la forêt, les gardant de la foudre et de la tempête, et toujours, sur son passage, les oiseaux voletaient et chantaient gaiement, tandis que chevreuils et lapereaux s’ébattaient sans crainte.

L’autre fée, – la mauvaise, – était une vieille femme hideuse, dont le seul plaisir était de jeter des sorts. Elle vivait sur un îlot de la Loire, dans une cabane faite de roseaux entrelacés et cette sorcière était détestée de tous, non pas à cause de sa laideur, mais parce qu’elle était méchante et qu’elle menait les loups. Chacun se signait quand on entendait son mauvais rire de crécelle, car on savait bien que quelque méfait venait d’être commis. L’hiver, c’était par son ordre que les eaux du fleuve grossissaient, déracinaient tous les arbres sur leur passage, envahissaient chaumières et étables, noyant les paysans et leurs troupeaux. La bonne fée employait bien toute sa puissance à détourner ces maléfices, mais elle n’y parvenait pas toujours, car la vieille était son ancienne.

Résolue à se débarrasser de cette terrible rivale, Sylvine décida de s’en aller porter plainte auprès de la reine des fées, qui habitait bien loin de là. Elle prépara donc tout pour son voyage, mais, comme elle pensait aux pauvres gens qui, en son absence, allaient rester sans défense, elle décida de construire une forteresse où tous ses protégés trouveraient asile, et où elle-même pourrait mettre en sûreté un coffret très précieux qu’elle cachait sous les racines du plus gros chêne de la forêt. Après avoir parcouru son royaume en tous sens, elle s’arrêta à Rosemont dont l’endroit lui parut propice, et, au lever de la lune, elle commença son oeuvre : trois fois, elle frappa la terre de sa baguette magique et aussitôt, surgirent des flancs de la colline des blocs de granit et des pierres toutes taillées. A son seul commandement, le tout s’assembla sous forme de murs épais et de tours très hautes, et alors Sylvine, montant au sommet de l’édifice, se tourna du côté de la Colâtre : d’elles-mêmes les eaux qui charriaient la chaux et le sable montèrent jusqu’au château, qu’elles recouvrirent un instant, et quand elles se furent retirées, toutes les pierres se trouvèrent liées entre elles par un mortier d’une dureté sans pareille. A ce moment précis, le jour commençait à poindre : en l’espace d’une nuit le château de Rosemont avait été construit, et la mauvaise fée ne put en croire ses yeux quand elle distingua la nouvelle forteresse, mais, comme elle devinait les plus secrets desseins de Sylvine, elle jura de se venger.

Quelques jours durant, la bonne fée demeura au château, et, satisfaite de son oeuvre, elle travaillait maintenant à l’aménagement d’une cachette : Par son ordre, un souterrain de plusieurs kilomètres fut creusé et elle y déposa elle-même son trésor, puis, une porte de fer ayant été scellée à l’entrée, elle s’en retourna dans la forêt. D’un sifflet d’argent qu’elle portait à sa ceinture, Sylvine tira trois sons aigus : un grand frémissement parcourut les bruyères et presqu’aussitôt un énorme serpent apparut ; ses écailles étaient vertes et ses yeux semblaient deux charbons ardents : “Sache donc, fidèle serviteur, lui dit la fée que je dois entreprendre un long voyage ; c’est à toi, et à toi seul, que je confie mon trésor que j’ai fait porter à Rosemont. Tu veilleras sur lui.”

Alors elle conduisit le serpent jusqu’au souterrain et l’introduisit dans la cachette par un trou qui se trouvait ménagé dans la porte de fer, de telle sorte que le gardien put aller et venir sans éveiller l’attention.

Après quoi, la bonne fée parcourut la campagne, faisant savoir à tous qu’en cas de danger, ils trouveraient un sûr refuge à Rosemont, et elle partit.

Contrairement à ce que Sylvine redoutait, on n’entendait plus parler de la méchante fée ; mais, dans l’ombre, celle-ci veillait, et elle apprit ainsi où se trouvait le trésor, et comment il était défendu. Son esprit retors eut tôt fait de trouver un moyen de s’en emparer sans s’exposer elle-même aux piqures du terrible gardien, et, hypocritement, elle s’en allait par la campagne, représentant aux envieux combien l’entreprise était facile et la richesse et la puissance qu’ils en retireraient. Bientôt une petite armée s’organisa, et résolument pénétra dans la cour du château. Sur les conseils de la mauvaise fée six paires de boeufs avaient été amenés pour essayer d’arracher la fermeture du souterrain, dès que l’occasion se présenterait.

Le soir même, comme on avait vu le serpent se diriger vers la Colâtre pour y boire, les boeufs furent attelés au gros anneau de fer de la porte d’entrée : sous les coups d’aiguillon, les chaines tendaient à se rompre, mais la porte demeurait inébranlable ; plusieurs fois on renouvela ces efforts, mais toujours en vain ; découragés, les hommes s’apprêtaient à battre en retraite quand, à leur grande surprise, un battant s’entr’ouvrit doucement : sans se donner le temps de réfléchir, le plus hardi d’entre eux voulut pénétrer, mais la porte, avec un claquement sinistre s’était refermée, broyant le malheureux. Aux cris poussés par tous, le serpent se hâta de regagner la cachette et le trésor dont il avait la garde, mais déjà tout le monde terrifié s’était enfui, et, seul, demeurait à terre, non loin du précieux coffret, celui qui avait été écrasé.

Depuis ce jour, le serpent n’a plus jamais quitté le souterrain : personne n’a osé se risquer à nouveau à la conquête du Trésor, et, par les nuits calmes, on entend encore dans le château les longs gémissements et le bruit sourd des coups frappés dans la porte de fer par l’âme en peine qui voudrait s’échapper.”

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